Historique

Jusqu'au bout - Yanick Macdonald
En associant le mot bluff à leur compagnie, les fondateurs réfèrent aux notions de jeu, mais aussi à la loi de l’improbabilité ou si on préfère : La loi de Murphy.

Crédit photo : Yanick Macdonald

L’impulsion

Poussés par le désir de jouer, François Hurtubise et Sarto Gendron développent d’abord quelques projets avec le Théâtre de l’École Buissonnière (TEB Théâtre), avant de faire la rencontre de Pierre-Yves Bernard, avec qui ils créent Le rock du grand méchant loup  (1990), spectacle fondateur du Théâtre Bluff.

En associant le mot bluff à leur compagnie, les fondateurs réfèrent aux notions de jeu, mais aussi à la loi de l’improbabilité ou si on préfère : La loi de Murphy. Cette loi suppose que s’il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner un risque, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour emprunter cette voie. Autrement dit, les fondateurs de Bluff suggèrent que leur démarche artistique emprunte systématiquement des voies de traverses et cherche volontairement les endroits où se trouvent le chaos, convaincus que l’art peut aider à organiser celui-ci. C’est ainsi que déterminés à offrir aux adolescents des œuvres contemporaines qui s’intéressent aux enjeux parfois chaotiques de notre monde, Bernard, Hurtubise et Gendron fondent officiellement à Laval, le 22 novembre 1990, Bluff Productions, mieux connu sous le nom de Théâtre Bluff.

La définition

C’est d’abord Pierre-Yves Bernard qui assume la direction artistique (1990-1996) en proposant des productions aux formes novatrices : Chroniques des années de feu (1992), Les mercenaires (1993) et En hommage aux chacals (1996).

En 1995, le Théâtre Bluff met sur pied la Rencontre Théâtre Ados  (RTA), un festival bisannuel consacré entièrement au rayonnement de la création en direction du public adolescent. La nouvelle manifestation devient vite une référence et François Hurtubise, qui jusque-là assumait la direction générale de Bluff, quitte pour se consacrer entièrement au développement de celle-ci. Puis, suivant le départ de Pierre-Yves Bernard qui décide de se consacrer dorénavant à l’écriture télévisuelle, Sarto Gendron est nommé en 1996 à la direction artistique de Bluff.

Sous sa gouverne, cinq spectacles sont créés : Le Royaume des Chus (1999), etiEn. (2002), qui connaît un succès important au Québec et qui associe pour la première fois Mario Borges et Joachim Tanguay au Théâtre Bluff, tous deux comédiens sur ce spectacle; Le dernier des Chpas (2003),  Le Club social des enfants du petit Jésus (2006) et D’Alaska (2007).

En mai 2006, on propose à Mario Borges, déjà reconnu comme comédien, metteur en scène et gestionnaire culturel, de se joindre à Bluff et d’en partager la direction avec le dernier membre fondateur, Sarto Gendron, jusqu’au départ de celui-ci en 2008.

L’ancrage

S’amorce alors un nouveau cycle pour la compagnie. Appuyé par un conseil d’administration renouvelé, Borges revoit la structure de l’organisme et invite le dramaturge Sébastien Harrisson à partager la direction. D’emblée, cette nouvelle équipe prend le parti de l’ouverture.

Convaincus que le théâtre doit être pour les jeunes un reflet du monde, le choix est fait d’inclure dans la programmation des textes étrangers et de mettre sur pied AficionAdo, un comité de jeunes lecteurs, devenu aujourd’hui Paroles croisées. Cette nouvelle orientation donne un nouveau souffle à la compagnie et lui permet d’initier des collaborations artistiques très fructueuses.

Ainsi, S’embrasent, un texte du Français Luc Tartar, mis en scène par Éric Jean, est créé en 2009. L’accueil unanime réservé à la production affirme désormais le nouveau visage de Bluff. Grâce à ce succès, la compagnie réalise une première percée sur le marché européen et présente plus de 200 représentations de ce spectacle. S’ensuit la création de Musique pour Rainer Maria Rilke, une première coproduction avec le Théâtre Denise-Pelletier, une institution majeure en théâtre jeunesse. Puis en 2013, au terme d’un premier mandat, Harrisson quitte pour prendre la direction artistique de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes.

L’envol

Mario Borges, qui tiendra pour un temps les rênes en solo, instaure aussitôt une nouvelle approche dans la manière d’édifier les projets en lançant des invitations à des artistes singuliers dont le travail ne s’oriente pas habituellement vers la jeunesse. Ainsi, en 2014, Bluff accueille pour la première fois un auteur en résidence en la personne de Sébastien David; commence alors le cycle de la transmission.

D’abord, en 2015, au moment où la compagnie souligne son 25e anniversaire, Mario Borges invite Joachim Tanguay à partager la direction artistique et générale. Ensemble, ils mettent en place un projet qui prône la promotion des écritures contemporaines et favorise le dialogue intergénérationnel et interculturel. Cette même année, on crée Les Haut-Parleurs de Sébastien David, à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier où la compagnie est reçue en résidence pour cinq ans, puis on présente Maintenant je sais quelque chose que tu ne sais pas, un texte de Dany Boudreault issu d’ateliers de médiation mettant en relation des aînés et des adolescents autour de la question Qu’est-ce qui traverse le temps et ne change jamais ?

Cette expérience est une révélation et on décide dorénavant de mener systématiquement des ateliers de médiation et de cocréation thématiques avec la communauté, en parallèle de nos projets artistiques. Cela donne lieu en 2017 à la création de Radic’Art, une installation multimédia qui s’arrime aux thèmes de la pièce de Sarah Berthiaume, Antioche, lancée cette même année. Puis, alors qu’on fait un tabac au Festival d’Avignon à l’été 2019 avec Antioche, on poursuit un grand chantier de médiation explorant la résistance et l’engagement, en résonance avec les pièces Le poids des fourmis de David Paquet (2019) et Jusqu’au bout de Luc Tartar (2021).

Au moment où le monde est en proie à une pandémie, Bluff s’apprête à lancer son prochain cycle (2022-2026) qui sera articulé autour du thème de l’intime. Le confinement nous aura forcé à se replier sur nous et à apprivoiser nos angoisses. Espérons que ce sera pour mieux revenir vers les Autres.