Historique

Crédit photo : Yanick Macdonald
1990 – L’impulsion
Poussés par le désir de jouer et de créer, François Hurtubise et Sarto Gendron développent d’abord quelques projets avec le Théâtre de l’École Buissonnière (TEB Théâtre). Leur rencontre avec Pierre-Yves Bernard mène à la création du Rock du grand méchant loup en 1990, spectacle fondateur du Théâtre BLUFF.
Le nom est déjà une déclaration d’intention. Il évoque le jeu, le risque, l’imprévisible et ces chemins de traverse que l’on choisit précisément parce qu’on ne sait pas où ils conduiront. Une conviction s’installe : l’art peut entrer dans le chaos du monde pour tenter d’en révéler quelque chose.
Le 22 novembre 1990, Bernard, Hurtubise et Gendron fondent officiellement à Laval Bluff Productions. Leur ambition : proposer aux adolescents des œuvres contemporaines capables de regarder franchement le monde dans lequel ils grandissent.
1990-2008 – Se définir
Pierre-Yves Bernard assume la première direction artistique de la compagnie de 1990 à 1996. Sous son impulsion naissent des spectacles aux formes novatrices, dont Chroniques des années de feu (1992), Les Mercenaires (1993) et En hommage aux chacals (1996).
En 1995, BLUFF contribue à la création de la Rencontre Théâtre Ados (RTA), festival entièrement consacré au théâtre destiné au public adolescent. François Hurtubise quitte alors progressivement la compagnie pour se consacrer au développement de cette nouvelle manifestation, qui deviendra une référence du théâtre jeunesse au Québec.
En 1996, Sarto Gendron prend la direction artistique. Suivent Le Royaume des Chus (1999), etiEn. (2002), Le Dernier des Chpas (2003), Le Club social des enfants du petit Jésus (2006) et D’Alaska (2007).
etiEn. marque aussi une rencontre déterminante : Mario Borges et Joachim Tanguay y font leurs premiers pas chez BLUFF comme interprètes.
En 2006, Mario Borges, alors comédien, metteur en scène et gestionnaire culturel, est invité à partager la direction avec Sarto Gendron. Deux ans plus tard, le départ du dernier membre fondateur ouvre un nouveau chapitre.
2008-2013 – S’OUVRIR
Appuyé par un conseil d’administration renouvelé, Mario Borges repense la structure de la compagnie et invite le dramaturge Sébastien Harrisson à partager la direction.
Une idée s’impose : si le théâtre veut parler aux jeunes du monde, il doit lui-même s’ouvrir au monde.
BLUFF accueille désormais des écritures d’ici et d’ailleurs et crée AficionAdo, un comité de jeunes lecteurs qui deviendra plus tard Paroles croisées. Les rencontres entre artistes, générations, cultures et territoires commencent à s’inscrire durablement dans l’identité de la compagnie.
En 2009, S’embrasent du Français Luc Tartar, mis en scène par Éric Jean, affirme ce nouveau visage. Le spectacle connaît un succès exceptionnel : plus de 200 représentations et une première percée majeure en Europe.
BLUFF réalise ensuite avec le Théâtre Denise-Pelletier sa première coproduction, Musique pour Rainer Maria Rilke.
En 2013, Sébastien Harrisson quitte BLUFF pour prendre la direction artistique des Deux Mondes. Une nouvelle étape commence.
2014-2019 — TRANSMETTRE
Mario Borges choisit alors d’ouvrir davantage la compagnie à des artistes singuliers dont la pratique ne s’adresse pas nécessairement à la jeunesse. BLUFF devient progressivement un territoire de rencontre et de recherche autour de l’adolescence.
En 2014, Sébastien David devient le premier auteur accueilli en résidence. Un nouveau cycle s’amorce : celui de la transmission.
En 2015, année du 25e anniversaire de BLUFF, Joachim Tanguay rejoint Mario Borges à la direction artistique et générale. Ensemble, ils affirment un projet fondé sur les écritures contemporaines et les dialogues intergénérationnels et interculturels.
Les Haut-Parleurs de Sébastien David est créé à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, où BLUFF amorce une résidence de cinq ans.
La même année, Maintenant je sais quelque chose que tu ne sais pas de Dany Boudreault naît d’une rencontre entre adolescents et aînés autour d’une question : qu’est-ce qui traverse le temps et ne change jamais?
L’expérience transforme la pratique de BLUFF. La médiation et la cocréation avec les communautés deviennent désormais indissociables du travail artistique.
Cette approche donne naissance à Radic’Art, installation multimédia créée en 2017 en résonance avec Antioche de Sarah Berthiaume. Le spectacle connaît à son tour un important succès au Festival d’Avignon en 2019.
Dans son sillage s’ouvre un vaste chantier autour de la résistance et de l’engagement, qui accompagne notamment Le Poids des fourmis de David Paquet (2019) et Jusqu’au bout de Luc Tartar (2021).
2020-2023 – Résister et repartir
La pandémie interrompt brutalement cet élan. Les activités s’arrêtent, les tournées sont suspendues et le parcours de Jusqu’au bout est coupé court.
Mais dès que les conditions le permettent, BLUFF choisit de repartir.
La compagnie investit résolument dans sa relance internationale et ramène Le Poids des fourmis au Festival d’Avignon. Le pari transforme profondément la trajectoire de BLUFF.
Le spectacle s’impose en Europe et y cumule plus de 200 représentations. Autour de lui se constitue progressivement un vaste réseau de théâtres, de diffuseurs et de partenaires francophones.
L’international n’est plus seulement un territoire de tournée : il devient un nouvel espace de collaboration, de création et de développement pour la compagnie.
2024–2026 — PLONGER DANS L’INTIME
Après avoir longtemps interrogé l’engagement, la résistance et notre rapport au monde, BLUFF amorce un nouveau cycle artistique consacré à l’intime.
Comment grandir lorsque les repères vacillent? Que se passe-t-il derrière ce que l’on montre? Comment nos peurs, nos désirs, nos identités et nos imaginaires façonnent-ils notre rapport aux autres?
En 2024, Rose d’Isabelle Hubert, coproduit avec le Théâtre du Gros Mécano, ouvre ce cycle en abordant la santé mentale des jeunes. Après une tournée québécoise, le spectacle prend à son tour le chemin de la France.
Parallèlement, BLUFF développe avec le Centre de réadaptation pour jeunes en difficulté d’adaptation de Laval le projet RempART Jeunesse, approfondissant encore davantage son travail de proximité et de cocréation avec les jeunes.
En novembre 2025, pour son 35e anniversaire, la compagnie crée sa vingtième production : La Cathédrale engloutie de Rébecca Déraspe, en coproduction avec Les Songes turbulents et le metteur en scène Florent Siaud. Présenté à guichets fermés au Théâtre de Quat’Sous, le spectacle y est repris à l’automne 2026.
2026 — OUVRIR UN NOUVEL HORIZON
Trente-cinq ans après sa fondation, BLUFF poursuit le même geste : avancer vers ce qu’il ne connaît pas encore.
Fort de son ancrage lavallois, de son expertise auprès des adolescents, d’une pratique de médiation devenue centrale et d’un réseau qui s’étend désormais largement au-delà du Québec, le théâtre entre dans une nouvelle étape de son développement.
De nouvelles collaborations prennent forme.
Avec les Tréteaux de France et leur directeur Olivier Letellier, BLUFF développe une nouvelle création de l’autrice Marie-Christine Lê-Huu, inscrivant désormais la collaboration internationale au cœur même du processus de création.
Simultanément, la compagnie ouvre un nouveau chantier de médiation autour de KiLLT, dispositif théâtral interactif qui fait de la lecture une expérience collective et vivante et qui porte en lui la possibilité de rencontrer de nouvelles communautés partout sur le territoire.
Création. Médiation. Transmission. International. Territoire.
Les différents chemins empruntés depuis 1990 commencent à se rejoindre.
Et peut-être est-ce là que BLUFF retrouve aujourd’hui quelque chose de son impulsion première : cette envie d’emprunter les chemins de traverse, d’aller là où quelque chose reste à inventer et de considérer l’adolescence non comme un public à atteindre, mais comme un formidable territoire pour penser le monde et ce qu’il pourrait devenir.
L’histoire continue.
Et l’horizon s’élargit.