La cathédrale engloutie

BLUFF - Théâtre de création

Une production du Théâtre Bluff en cocréation avec Les songes turbulents, en collaboration avec le Théâtre de 4’SOUS et en coproduction avec l’Espace Jean Legendre – théâtre de Compiègne.

Durée

90 minutes

Public cible

15 ans et + 

Jauge

400 spectateurs

À la mort de sa grand-mère, Léna, 16 ans, reçoit en héritage un vieux piano désaccordé. Elle remonte grâce à lui le cours du temps, depuis sa propre mère jusqu’à la mère de sa grand-mère; une lignée de femmes marquées par un geste de colère initial – et par le silence qui l’a suivi – dont elles portent toutes le poids.

Rébecca Déraspe nous plonge avec finesse dans une intrigue qui transcende les générations. Elle nous invite à suivre la quête d’une adolescente cherchant à percer le mystère d’un legs familial trouble. Les récits qui nous construisent plongent leurs racines très loin. Comment faire pour s’en approcher, y trouver des éclats de douleur et parfois de joie et se les approprier pour aller de l’avant. Nous sommes les héritier.ères d’une histoire que l’on ne connaît que par bribes et qui, pourtant, nous construit.

RÉBECCA DÉRASPE ET FLORENT SIAUD CRÉENT LA CATHÉDRALE ENGLOUTIE

RÉBECCA DÉRASPE


© Lucas Harrison Rupnik

Rébecca Déraspe a complété le programme  d’écriture dramatique de l’École Nationale de Théâtre du Canada en mai 2010. Elle est l’autrice de plusieurs pièces jouées et traduites à travers le monde dont Deux ans de votre vie, Plus que toi, Peau d’ours, Gamètes, Nino, Je suis William, Le merveilleux voyage de Réal de Montréal, Partout ailleurs, Nos petits doigts, Faire la leçon, Ceux qui se sont évaporés, Fanny, Faire crier les murs, Les filles du Saint-Laurent. Elle a adapté plusieurs classiques dont Roméo et Juliette et La nuit des rois de Shakespeare et Une maison de poupée de Ibsen. Elle est aussi autrice en résidence au Théâtre la Licorne. Elle a remporté le prix Michel-Tremblay et le prix de la critique pour sa pièce Ceux qui se sont évaporés, le prix de la critique « meilleur spectacle jeune public 2018 » et le prix Louise-Lahaye pour sa pièce Je suis William, meilleur texte dramatique Montréal 2017 pour sa pièce Gamètes, le prix BMO auteur dramatique 2010 pour sa pièce Deux ans de votre vie. Elle anime et écrit Le lexique de la polémique, série diffusée à Savoir Média. 

FLORENT SIAUD


© Maxime Cote

Le metteur en scène Florent Siaud développe son travail entre l’Europe et le Canada. Passionné par les écritures théâtrales des XXe et XXIe siècles, il met en scène à Montréal des textes éclatés et corrosifs comme Don Juan revient de la guerre de von Horváth et Les Enivrés de Viripaev (Prospero), Toccate et fugue de Lepage (Centre du Théâtre d’Aujourd’hui), ou Quartett de Müller, 4.48 Psychose de Kane et Nina, c’est autre chose de Vinaver (La Chapelle). Ce dernier spectacle est donné aux Théâtres de la Ville de Luxembourg et en tournée en Picardie. Son attirance pour les écritures aiguisées le conduit à aborder des classiques comme La dispute de Marivaux (Studio Alfred-Laliberté), Les trois sœurs de Tchekhov (Monument-National), Hamlet de Shakespeare (Théâtre Rouge) et Britannicus de Racine (TNM). Parmi ses prochains projets théâtraux, signalons la reprise de Si vous voulez de la lumière. Faust I – II – III, au Théâtre de la Cité Internationale de Paris dans la foulée de la création du spectacle à Montréal, Compiègne et Luxembourg, ainsi que Le Misanthrope de Molière au Théâtre du Nouveau Monde de Montréal puis en tournée au Québec. 

À l’opéra, il met en scène Le combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi (Île-de-France, Opéra d’Auvergne, Stadttheater de Sterzing en Italie), ainsi que Pelléas et Mélisande de Debussy (Opéra National de Bordeaux, repris en tournée à Kanazawa et Tokyo au Japon), La tragédie de Carmen, adaptation chambriste de l’œuvre de Bizet par Carrière et Brook, au Théâtre Impérial de Compiègne, Les bains macabres de Guillaume Connesson au Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet de Paris et au Théâtre impérial de Compiègne, La Beauté du monde de Julien Bilodeau et Michel Marc Bouchard à l’Opéra de Montréal. Parmi ses projets lyriques pour la saison 2023-2024, citons la reprise de La Tragédie de Carmen au Festival de Saint-Céré, Tosca de Puccini à l’Opéra de Reims, au Théâtre Impérial de Compiègne et en tournée, Lohengrin de Wagner à l’Opéra national du Rhin, Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Théâtre national du Capitole de Toulouse, Armide de Lully à l’Opéra royal de Drottingholm en août 2024 en Suède. 

Ancien élève de la section Théâtre de l’École normale supérieure de Lyon et agrégé de lettres modernes, Florent Siaud est titulaire d’un doctorat en études théâtrales en France et au Québec (avec les plus hautes mentions en France et au Canada, ainsi que prix de la meilleure thèse en études théâtrales au Québec). Il a été dramaturge ou assistant à la mise en scène en France (Opéra national de Paris, Théâtre des Champs-Elysées, Théâtre de la Ville, Opéra-Comique, Opéra national de Lorraine, Opéra de Nice etc.), en Autriche (Mozartwoche de Salzbourg, Staatsoper de Vienne), en Allemagne (Musikfest de Brême), en Suède (Opéra royal de Drottningholm) ou au Canada (Usine C, Espace Go, Centre national des Arts d’Ottawa, etc.). L’Académie du Festival d’Aix-en-Provence le sélectionne en 2014 pour suivre un worskhop dirigé par le dramaturge britannique Martin Crimp. Plusieurs de ses spectacles ont été finalistes ou lauréats aux Prix de la critique du Québec. En 2023, il recevra un diplôme d’honneur de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal pour le “rôle de premier plan dans la société québécoise” qu’il a joué dans le champ théâtral au cours des dernières années. Il est artiste associé aux Théâtres de Compiègne pour plusieurs années.

Mot du metteur en scène

Abordant l’épineuse question des traumatismes intergénérationnels avec autant de puissance émotionnelle que d’humour, La cathédrale engloutie braque la lumière sur les tensions contradictoires du nœud familial. Là où se noue la rencontre de l’intime et du commun. Là où se joue la confrontation des générations anciennes avec celles d’aujourd’hui. Travaillant sur les résistances têtues de ce qui a été relégué au silence pendant des décennies, la pièce invite à combattre le refoulé par ces questions aussi poignantes qu’émancipatrices : quelles sont les cathédrales englouties que nous cachons en nous, dont nous avons parfois hérité à notre insu et qui nous empêchent, individuellement et collectivement, d’avancer ?

Ce faisceau d’interrogations nous a conduit à concevoir une scénographie diaphane, dans laquelle tous les meubles sont enveloppés d’une bâche translucide, comme cachés à l’évidence du regard immédiat. Située en plein cœur d’un dégât des eaux qui métaphorise l’infiltration du passé familial dans toutes les strates du présent, les personnages se débattent comme des survivants maladroits mais énergiques. Dans un espace-temps étrange, entre onirisme décomplexé et réalisme voilé, ils vont voir peu à peu émerger la vérité libératrice du secret. Appuyé par la poésie visuelle des reflets d’eaux et des réminiscences photographiques des temps anciens, ils se laissent aller à un jeu viscéral à l’étonnante énergie vitale. Pasant du malaise indicible à une acceptation éclairée du présent, ils nous disent combien la plongée lucide dans les traumas ancestraux a la vertu d’aider les vivants à mieux vivre.

Mot de l'AUTRICE

J’ai écrit La Cathédrale engloutie comme une petite fille qui ose enfin descendre au sous-sol de sa maison avec une lampe de poche. Le cœur battant, les mains moites, mais avec la certitude que quelque chose m’y attendait. Je ne savais pas quoi, mais j’entendais déjà le grondement d’une histoire. C’est que comme Léna, je viens d’une famille où les secrets laissent des vides à se raconter.

Petite, je croyais que c’était normal, peut-être, les cris, la peur, les émotions qui débordent en même temps que les portes claquent. Je me cachais sous mon lit et je bouchais mes oreilles en chantant ; la violence vient puis va. Je m’accrochais à cet après qui allait apaiser tout le monde. Et l’après arrivait toujours. Avec le temps, les mains sur les oreilles et la fuite sous le lit n’ont plus suffit. J’ai eu besoin de comprendre. D’où vient cette violence ?

Quand j’écoute mon père me dire son enfance, je tremble. Quand j’écoutais ma mère me dire son enfance, je tremblais. Des récits de vie tragiques, déchirées par des morts prématurées, des violences multiples, des abandons, des résiliences aussi ; mes parents ont des enfances traumatiques. Et ils ont fait ce qu’ils ont pu avec ce qui leur a été transmis. J’essaie de me représenter l’endroit d’où ils viennent pour me réconcilier avec ce que je suis. Et mes fouilles intimes m’ont conduite à écrire ce texte. On entend, j’en suis certaine, le murmure de mes propres ancêtres. Je suis convaincue d’une chose : il faut se réapproprier notre histoire, collectivement et intimement, pour se réconcilier avec les traces laissées par les hurlements silencieux de nos prédécesseurs. Cette envie de comprendre en cache une autre, plus essentielle encore : vivre avec ce qui nous constitue, sans fuir. Cette pièce est mon appel à la résistance, au dialogue entre les générations, mon appel à la colère morale, la colère qui met en mouvement pour transformer l’avenir. Et la musique, tout comme le théâtre, reste à mon avis la plus grandiose façon de laisser les flots ramener les traumas à la surface dans un espace sécuritaire. Dire « je te vois » puis « va en paix ». Dans la pièce, la structure éclatée, tant dans le ton que dans le récit, me permet de rendre compte de l’état complexe qui est celui de Léna. C’est à la fois douloureux et plein de lumière, drôle et tragique, c’est à la fois aujourd’hui et hier. Pour tendre vers des lendemains lucides et habitables. Comme la vie. Léna a le courage de l’adolescence. Et je pense qu’il faut l’écouter. Faire confiance à la grandeur de nos enfants est, pour moi, un acte politique.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

« Le soir de la première, lorsque la pièce s’est achevée sur le magnifique morceau de Debussy qui a donné son titre à la pièce, l’émotion a grimpé dans la salle. Car oui, il arrive à la beauté de triompher. »

– Stéphanie Morin, La Presse

« La mise en scène de Florent Siaud, comme souvent chez lui, est d’une splendeur tranquille, comme s’il nous enveloppait dans ses bras chauds un soir d’automne. »

– Pierre-Alexandre Buisson, Bible Urbaine

« Il faut se ruer là-dessus. »

– Claudia Hébert, Radio-Canada

Crédits

Texte : Rébecca Déraspe 

Mise en scène : Florent Siaud 

Distribution : Nahéma Ricci, Évelyne Rompré, Maxime Denommée, Steven Lee Potvin et Jean Marchand 

Assistance à la mise en scène : Jérémie Roy 

Scénographie : Romain Fabre

Assistance aux accessoires : Victoria Laberge

Costumes : Julie Charland

Assistance aux costumes : Amandine Percival

Éclairages : Étienne Boucher 

Conception sonore : Vincent Legault 

Spatialisation sonore : Maxime de Gamache

Conception vidéo : Éric Maniengui 

Conception maquillage et coiffure : Angelo Barsetti

Direction technique : Rébecca Brouillard

Technicien : Michel St-Amand 

Direction de production : Marie-Solenne Lafon et Rébecca Brouillard 

Conseil dramaturgique : Sasha Dion , Paul Lefebvre et Diane Pavlovic 

Conseiller voix et diction : François Grisé 

Conseillère et recherchiste clinicienne : Catherine Juneau 

Conseiller au mouvement : Jadson Caldeira

Direction artistique : Mario Borges et Joachim Tanguay