Mot des codirecteurs

L’adolescence au cœur de la création
Un nouvel horizon
« La solution, elle est dans la salle. » – Guillaume Corbeil, Cahier no103 TDP
Crédit photo : Yanick Macdonald
Depuis plus de 35 ans, nous choisissons l’adolescence comme territoire de création.
Nous la fréquentons, nous l’écoutons, nous la questionnons. Elle nous déplace, nous confronte, nous oblige à revoir nos certitudes. Après toutes ces années de pratique, de recherche, de rencontres, de vertiges et de doutes, une conviction demeure : le théâtre contemporain est un formidable espace pour regarder le monde, le mettre en question et imaginer ce qu’il pourrait devenir.
C’est peut-être pour cela que l’adolescence continue de nous fasciner.
Parce qu’elle est cet endroit de la vie où tout semble encore possible. Un territoire instable, traversé par le désir, la peur, la colère, l’élan et le doute. Un moment où l’on cherche sa place tout en pressentant qu’il faudra peut-être en inventer une nouvelle.
Il y a là quelque chose qui ressemble profondément au théâtre. Et quelque chose qui ressemble profondément à notre époque.
Le monde dans lequel grandissent les jeunes aujourd’hui est traversé par de multiples bouleversements. Les repères se déplacent à une vitesse vertigineuse. Nous pourrions regarder ce monde avec inquiétude. Nous choisissons plutôt de le regarder avec eux.
Non pas pour leur dire ce qu’ils devraient en penser ou leur transmettre des réponses toutes faites, mais pour créer des espaces où leurs questions, leurs contradictions, leurs colères, leurs désirs et leurs imaginaires rencontrent ceux des artistes et des autres générations.
Parce que nous croyons à la rencontre.
Entre les jeunes et les artistes. Entre les générations et les cultures. Entre les territoires. Entre ce que nous connaissons déjà et ce que nous ne savons pas encore.
Au fil du temps, BLUFF est devenu cette plateforme de recherche et de rencontres autour de l’adolescence. Un endroit où l’on crée, mais aussi où l’on expérimente, dialogue, transmet, doute et cherche ensemble.
Aujourd’hui, un nouvel horizon s’ouvre devant nous.
Non pas parce qu’il faudrait rompre avec ce qui nous précède. Au contraire. Tout ce que nous avons construit nous permet maintenant de regarder plus loin.
Un horizon n’est jamais un endroit où l’on arrive. À mesure que nous avançons, il se déplace, s’élargit et fait apparaître de nouveaux possibles : de nouvelles œuvres, de nouvelles formes, de nouveaux territoires, de nouvelles langues, de nouveaux publics, de nouvelles collaborations.
C’est dans ce mouvement que nous voulons inscrire les prochaines années de BLUFF.
Continuer à faire circuler les œuvres et leur permettre de se transformer. Continuer à inviter des artistes singuliers à poser un regard franc sur la jeunesse et notre époque. Continuer à inventer des espaces où les jeunes ne sont pas seulement ceux à qui nous nous adressons, mais ceux avec qui nous réfléchissons.
Continuer à défricher.
Parce que l’avenir n’est pas quelque chose qui nous attend. Il se fabrique, dans les œuvres, dans les rencontres, dans les paroles que nous faisons circuler et dans les risques que nous acceptons de prendre.
Et peut-être est-ce ce que l’adolescence nous apprend depuis toutes ces années :
devenir ne s’arrête jamais.
Alors, ensemble, continuons à construire l’avenir au présent.
Mario Borges et Joachim Tanguay
Codirecteurs artistiques et généraux
« Espérer, c’est se donner à l’avenir —
et c’est cet engagement envers l’avenir
qui rend le présent habitable. »
— Rebecca Solnit, Hope in the Dark

Crédit photo : Benoit Vermette
Crédit vidéo : Hugo B. Lefort
Crédit vidéo : Hugo B. Lefort