engage

Engagé (titre provisoire)

Texte : Luc Tartar
Mise en scène : Eric Jean
Distribution : à venir


S U R  L ’ E N G AG E M E N T

Note d’intention et premiers mots
Accepter avec bonheur la commande du Théâtre Bluff et du Grand Bleu Mario Borges et Joachim Tanguay, directeurs artistiques du Théâtre Bluff, et Grégory Vandaële, directeur du Grand Bleu à Lille, nous proposent une commande d’écriture sur l’engagement (engagement amoureux, politique, social…). J’écrirai la pièce, Eric Jean en assurera la mise en scène. De part et d’autre de l’Atlantique, Eric et moi répondons d’une même voix enthousiaste : OUI ! Nous avons déjà travaillé ensemble. Par deux fois. Sur proposition du Théâtre Bluff, Eric a créé S’embrasent en 2009, dont le succès fut retentissant, au Québec comme en France. Heureux de cette belle réussite, nous avons décidé de poursuivre la collaboration artistique : ce sera En découdre, au Théâtre de Quat’sous à Montréal, en 2011.

Retrouver Eric Jean
Montréal, novembre 2016. Nous ne nous sommes pas vus depuis cinq ans. Quelques minutes autour d’un déjeuner suffisent à nous prouver que nous sommes toujours en phase. C’est un plaisir de retrouver Eric, de vérifier que nos imaginaires sont toujours connectés. Quand Eric parle, ça me parle. Il paraît que quand je parle, ça lui parle aussi. Nous échangeons de manière très libre autour de cette thématique de l’engagement. Les idées fusent. Nous parlons espace-temps, l’engagement nous semble être une relation forte à l’espace et au temps. Eric mentionne le livre Ici, de Richard McGuire (Gallimard) : une parcelle de terrain vue à différentes époques, qui garde en mémoire ses différents « états » et attributions : forêt, espace déboisé, puis espace construit, maison, salon… : que s’est-il passé en ce lieu, quels combats y ont été menés, quels cris y ont été poussés, quels engagements des corps et des idées ? Le lieu prend vie, au travers des habitants qui l’ont traversé, il est doué d’émotions, comme un organisme vivant. Il y a des interactions entre les lieux et les corps. Eric évoque le film Le voyage fantastique, de Richard Fleischer, 1966, dans lequel le corps lui-même devient un lieu à visiter. Nous évoquons également les fouilles archéologiques et le rapport au passé, et notamment le site archéologique de Miguasha, en Gaspésie, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.

Nous parlons relation à l’Autre, l’engagement nous semble être une relation forte à Autrui. Nous évoquons des couples célèbres dont l’engagement amoureux s’est doublé d’un engagement au service d’une cause, Serge et Beate Klarsfeld et leur chasse aux nazis, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir et leur pacte de « poly-fidélité », John Lennon et Yoko Ono et leur bed-in for peace, Justine et Yves Sergent, chercheurs en neurosciences cognitives, et jusqu’à Antoine Leiris et son livre Vous n’aurez pas ma haine (Fayard, 2016) adressé aux terroristes assassins de sa femme, disparue au Bataclan à Paris en novembre 2015.

Nous évoquons les religions, Eric dit que s’engager c’est se positionner. Je trouve ça juste, et beau. Je note. Nous nous interrogeons : est-ce que l’engagement est en direction de soi ou des autres ? Au service d’une cause, d’une vérité, d’un être ? Contre vents et marées ? Nous évoquons, en vrac, le transgenre, les adoptions d’enfants, la relation à la mort, la relation à l’être aimé par-delà la mort, la mort assistée, les combats d’une vie, pour la terre, pour l’écologie, contre la violence et pour la vérité… (les femmes de Ciudad Juarez, au Mexique, victimes de viols organisés, qui disparaissent en nombre, comme effacées de la surface de la terre…)

Nous viennent ces mots de René Char, si beaux :

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. » (Rougeur des matinaux)


S U R  L ’ E N G AG E M E N T

Où le monde d’aujourd’hui s’invite à la table…
Écrire, créer, dans un temps d’incertitudes, de montée des extrémismes et du repli sur soi… Des milliers de gens fuient la guerre de Syrie et d’Irak, prennent la mer, prennent les routes, Trump vient d’être élu président des États-Unis, et dans plusieurs pays l’extrême droite est aux portes du pouvoir : La situation politique, écologique, économique et sociale du monde nous oblige et plus que jamais il nous faut être sincères avec nous-mêmes. Comment ne pas tenir compte du monde qui nous entoure au moment où nous débutons ce projet sur l’engagement ? Pour autant, il n’est pas question de focaliser sur une vision sombre de l’avenir. Eric rappelle comme le spectacle S’embrasent « fait du bien » et sur l’importance de retrouver cette alchimie-là. Je suis bien d’accord avec lui. Nous allons notamment nous adresser aux adolescents, qui se prennent certes la violence du monde en pleine face et y répondent parfois par des comportements à risque et autres fuites en avant, mais qui sont aussi mobilisés individuellement et collectivement, prêts à prendre leur part à la construction d’un monde meilleur, pour eux-mêmes et pour l’humanité.

Comment vivre, sans un total engagement de soi, implication du corps et de l’âme ?
Travailler avec des adolescents et des aînés, les interroger sur leur vision des choses… Le Théâtre Bluff et Le Grand Bleu nous proposent de rencontrer des adolescents de part et d’autre de l’Atlantique, et de les interroger sur leur vision de l’engagement. Qu’est-ce que ce mot signifie à leurs yeux, en ce début de vingt-et-unième siècle ? Quels engagements revendiquent-ils ? Quels engagements fuient-ils ? En quoi les engagements d’aujourd’hui sont-ils différents de ceux d’hier ? L’engagement amoureux a-t-il encore un sens ? Nous poserons les mêmes questions à des groupes d’aînés et tenteront de susciter le dialogue entre les jeunes et leurs aînés, de confronter les approches et les points de vue. Ces ateliers auront lieu en amont de l’écriture de la pièce et nous sommes enchantés, Eric et moi, à l’idée de confronter nos premières idées avec les points de vue des adolescents et des aînés québécois et français.

En guise de synopsis…
J’ai une première idée de synopsis. Je la soumets à Eric, à Mario et à Joachim. Et d’emblée, elle fait son chemin… Un chantier de fouilles international découvre deux squelettes enlacés, vieux de plusieurs millions d’années. La découverte est exceptionnelle et enthousiasme la communauté internationale. Ces squelettes, qui pourraient être le chaînon manquant, deviennent par-delà la mort, le symbole d’un amour absolu et de l’engagement pour autrui. Le pouvoir politique en place, autoritaire, qui sépare les couples en envoyant les hommes à la guerre, décide de fermer le chantier de fouilles…

Une image forte, un lieu, des personnages :
L’image, c’est ce couple enlacé, ces squelettes dont les os se sont entremêlés et qui vont concentrer les regards dans l’espace et le temps. Le lieu, c’est le lot de terre qui accueille ces squelettes. Il a vu ses attributions changer d’une époque à l’autre tout en gardant en mémoire les situations fortes qui y ont été vécues. Les personnages seront nombreux (mais joués par quatre comédiens) : les personnages du chantier (archéologues, étudiants, voisins du chantier) et tous les personnages qui d’une manière ou d’une autre auront fréquenté le lieu à différentes époques. La pièce sera par ailleurs traversée de couples célèbres, qui se sont engagés ensemble dans une cause commune : Serge et Beate Klarsfeld et leur chasse aux nazis, John Lennon et Yoko Ono et leur bed-in pour la paix…

Luc Tartar, 4 décembre 2016


Une coproduction du Théâtre Bluff et du Théâtre Le Grand Bleu
Ce spectacle sera créé à l’automne 2020.

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